Canaries 1/3: les îles volcaniques arides

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Le temps file…et nous commençons à engranger un sacré retard dans nos écrits. Une tempête tombe à pic pour nous offrir le temps de regarder dans le rétroviseur.  Voilà déjà quatre semaines que nous sommes aux Canaries, et l'émerveillement reste intact.

 

Descente de Fuerteventura sous spi

 

Le recul ayant pour mérite d'encourager la synthèse, voici les impressions les plus fortes que nous retenons des îles les plus à l'est de l'archipel canarien. Arides, semi-désertiques ou désertiques, La Graciosa, Lanzarote, Lobos et Fuerteventura nous offrent une expérience enchanteresse et variée. 

 

Paysage volcanique à Lanzarote

 

L'origine volcanique de cet archipel nous plonge dans un décor lunaire, pelé et rougeoyant. Le manque d'eau potable oblige ces îles à dessaliniser l'eau de mer pour la rendre buvable. La rareté de ce bien vital nous invite à encore plus de précaution pour ne pas la gâcher. Ressentant une certaine fatigue au bout de quelques jours, nous comprenons que l'eau dessalinisée n'a pas les mêmes propriétés que l'eau du robinet, riche en minéraux. Nous nous résolvons donc à acheter quelques packs d'eau. C'est par des gestes anodins que l'on réalise, une fois de plus, que l'on s'enfonce toujours plus profondément dans le voyage…

 

Nos îles coup de coeur: La Graciosa et Lobos

 

Cela se confirme: le voyage en bateau est une opportunité formidable de poser le pied dans des endroits reculés, peu accessibles au commun des mortels. Il n'y a pas d'exception à la règle lors de notre arrivée aux Canaries: nous sommes conquis par la visite de deux îles peu connues, sauvages et préservées. Des ferries ou catamarans géants y accostent à la journée, mais les quelques touristes qui s'y déversent repartent en fin d'après-midi, laissant place à une vie paisible, gaie et agréable. Si le temps semble s'arrêter dans ces îles, c'est sûrement parce-que la modernité ne s'y est pas imposée: sans aéroports, routes goudronnées et voitures, les paysages sont bruts. La vie a du rythme, celui de la lenteur et du temps qui passe sans pour autant défiler. C'est l'essence même de ce voyage: ralentir, nous immerger dans la douceur de vivre. Plus l'île est petite, moins il y a de “choses à faire absolument”, plus le corps se relâche, l'esprit s'évade, la vie se déploie. Avec moins, on profite plus.

 

Retour de plage à La Graciosa

 

Lorsque l'envie de se mettre en mouvement reprend, la marche est le moyen privilégié de gravir les sommets volcaniques pour embrasser un point de vue généreux,  de découvrir une végétation sèche et endémique, quelques habitations reculées, des plages peu foulées par l'Homme. A ne pas s'y méprendre…nous ne cherchons pas à évoluer dans une communauté Amish, mais nous réalisons que nos plus belles escales sont souvent couplées à l'existence de paysages inviolés. Dans un autre article, nous aurons l'occasion de revenir sur les spécificités d'un voyage en bateau et de la vie de “touriste des mers", un touriste quand même, mais pas tout à fait comme les autres.

 

La Graciosa

 

Caleta de Sebo - La Graciosa (appelée la "8ème île des Canaries)

 

Arrivés de l'archipel de Madère dans une nuit noire, nous écarquillons les yeux de surprise à la vue de la Caleta de Sebo, le petit port de la Graciosa. Maisons blanchies à la chaud, sable du Sahara, volets peints en vert sapin ou en bleu roi…c'est bien sous les latitudes du sud du Maroc que nous nous trouvons. La chaleur est sèche, écrasante presque. Il n'y a qu'à plonger dans l'eau cristalline pour se rafraîchir les idées. Quelques cafés sympathiques jonchent le port, une seconde “rue” ensablée concentre des commerces isolés. Le sable doré et soyeux illumine le sol de sa pureté: c'est pieds nus qu'il faut marcher. 

 

Une habitation typique de La Graciosa

 

Prendre le petit-déjeuner est d'une simplicité totale: il n'y a qu'à traverser le ponton pour s'attabler sous un parasol, commander un pan con tomate, un café solo et regarder la vie des quatre maigres étals du marché artisanal. C'est là que nous découvrons une artiste qui peint à l'aquarelle les plus belles vues de cette petite île rattachée à Lanzarote: nous lui en achèterons quelques-unes car assurément, nous serons heureux de nous rappeler la douce atmosphère qui règne à La Graciosa lorsque nous redeviendrons sédentaires.

 

Vue sur le mouillage et sur le volcan - la Graciosa

 

Le deuxième village de La Graciosa - uniquement habité par quelques maisons privées et leurs palmiers

 

Lobos

 

Qualifiée de “vaut le détour” par le Lonely Planet qui lui consacre une demie-page, l'île de Lobos regorge des plus intenses plaisirs pour le plaisancier. Cette île, au sud de Lanzarote, est une escale naturelle pour qui veut rejoindre Fuerteventura. Lorsqu'elle n'est pas balayée par le vent, soulevant alors une houle désagréable, l'île le Lobos est un joyau au coeur duquel nous aurions pu passer quelques jours à flâner. L'eau est si transparente et le bleu de l'océan si vif que la baignade est une détente profonde. Gonfler le Paddle, rendre visite aux batocopains à la rame, aller à un apéro de Français sur un cata géant, laver la coque du bateau, vérifier l'ancrage, rendre visite aux poissons de roche…la liste des réjouissances simples et extraordinaires est longue. 

 

La vie au mouillage

 

Barbotage

 

Après avoir été quelque peu déçus de l'atmosphère un peu trop goudronnée de Lanzarote, où tout semble fait pour attirer des masses de touristes dans des complexes hôteliers dignes de Marne-La-Vallée, nous goûtons à nouveau à la quiétude authentique d'une île préservée. Une journée suffit pour en faire le tour, se rendre au phare et grimper au sommet du volcan. Un seul restaurant ouvre de 11h à 15h: El Puertito. 

 

Le poisson est découpé et séché au soleil

 

Rando à palmes sur l'île de Lobos. Un volcan, et un plouf!

 

Coucher de soleil au mouillage. Les couleurs sont éclatantes…

 

Sur l'eau et sous l'eau

 

Enfin, on sort le matos!

 

Partir faire de la planche à voile…toute une expédition! On commence à se faire une réputation…

 

Maintenant que nous sommes dans “les îles”, depuis que nous avons quitté l'Europe continentale, place aux sports nautiques! Equipés d'un kitesurf, d'une planche à voile et d'un paddle, nous sommes en quête des spots idéaux pour nous initier ou nous perfectionner à la glisse. 

 

ça faisait longtemps qu'on n'avait pas sorti la combi!

 

Mise à l'eau

 

A La Graciosa, si nous avons sortis pour la 1ère fois la planche à voile achetée d'occasion avant de partir, nous n'avons pas fait long feu…embarqués par le courant et craintifs que l'aileron heurte un des nombreux rochers de  la plage. Une plage de sable et un vent d'Est pour ramener à terre sont les conditions minimales pour assurer notre sécurité sur le plan d'eau. 

 

1er bord pour Kévin avec la “petite” voile de 5m2 - entre la Graciosa et Lanzarote. Au pire, s'il n'arrive pas à remonter au vent, je vais le chercher en annexe sur l'île d'en face…

 

Nous misons donc sur Fuerteventura, paradis des windsurfers et des kitesurfers, pour progresser. Deux sorties en planche à voile nous ont permis de faire quelques bords. Passer d'un flotteur de planche à voile à un “funboard” (flotteur sans dérive beaucoup plus léger) n'est pas une mince affaire! Nous avons l'impression de repartir de zéro, tant le support est instable. Après de nombreux ploufs, nous capitulons et attendrons une semaine avec vent pour pratiquer intensément la planche et dompter l'ustensile récalcitrant. Par chance, en fin de journée, Kévin sort son kitesurf: le vent se lève alors, il tire “les meilleurs bords de sa vie”!

 

2h de kite pour Kévin en fin de journée: le bonheur se lisait sur son visage (tandis que j'attendais comme une cruche sur la plage en lui faisant de grands signes qu'il ne voyait pas pour lui dire que la nuit allait tomber…)

 

Découverte d'un spot “Le lagon” - enfin une plage de sable blanc! C'est idéal pour reprendre même si le vent est mollasson.

 

Nous apprenons que cette période n'est pas propice à des vents stables et bien établis à Fuerteventura. Nous changeons notre fusil d'épaule et louons une voiture pour quelques jours, afin de découvrir les endroits remarquables de Fuerte, île qui se révèle assez grande et plus “charmante” que Lanzarote.

 

Bétancuria, 1ère ville de Fuerteventura, fondée par Jean de Béthancourt

 

Vallée de Fuerteventura

 

Découverte du snorkeling

 

La transparence de l'eau et le relief sous-marin sont les conditions idéales pour s'adonner aux plaisirs de la plongée…Grâce à une virée chez Décath' à Madère, nous sortons le kit P.M.T (Palmes - Masque - Tubas) - merci Emmanuelle pour l'acronyme! - pour explorer les fonds marins. Quelle n'est pas ma surprise en découvrant le foisonnement coloré de la vie sous-marine…Juste au tubas, nous croisons des bancs de poissons de toutes tailles, aux couleurs vives voire arc-en-ciel, et découvrons qu'un monde se joue en dessous, là, sous nos yeux. Cette sensation de flottement et d'apaisement intérieur nous happe… l'émerveillement est total. On se décentre de soi, de son monde terrestre, pour se laisser bercer par ce bleu sous-marin éclairé de mille couleurs festives. La richesse de la vie est devant nous.

 

Plus que des antidépresseurs, ce sont des séances de snorkeling qu'il faudrait prescrire grâce au “sport sur ordonnance”, qui permet à un médecin de prescrire des séances thérapeutiques de sport à un patient, remboursées par la Sécu!

 

 

Savoir-faire & culture locale

 

Vous l'aurez compris, nous avons été bien plus emballés par La Graciosa et l'île de Lobos que par Fuerteventura et Lanzarote. A Lanzarote, la marina était certes agréable (douches chaudes, machine à laver, “bar des marins”) mais dénuée de tout charme. C'était Disneyland. Heureusement, la location d'une voiture est un moyen simple et efficace de découvrir les richesses d'une île. 

 

Piscines naturelles au nord de Lanzarote

 

 

Nous avons un attrait prononcé pour la découverte de l'artisanat local et les produits du terroir. Les innombrables musées d'Aloé Vera nous apprennent les propriétés de cette plante utilisée comme cosmétique, boisson et remède miracle pour de nombreux maux. Nous profitons d'une escale dans des marais salants pour faire le plein de gros sel et de sel de table: avec tant d'eau dessalinisée, nous imaginons qu'il faut bien faire preuve d'inventivité pour trouver quoi faire du sel résiduel! (A moins que cela n'ait aucun rapport…). 

 

Marais salants

 

Les grandes îles sont normalement l'occasion de découvrir une vie culturelle plus riche que sur les petites…c'était sans compter la pandémie. Nous regrettons que les divers musées dédiés à César Manrique - l'artiste phare de Lanzarote - soient fermés, car regarder une île par la lucarne d'un artiste est toujours un excellent moyen d'en saisir la substantifique moëlle. A défaut d'art, nous nous tournons vers les savoir-faire de la population locale. Ingénieuse, elle a su produire des mets excellents, en sachant mettre à profit une terre a priori peu encline à porter des fruits…

 

Faire du vin dans un volcan: check

 

Une bodega au pied d'un volcan

 

Si Lanzarote nous a séduit, c'est bien parce-que du vin est produit sur ces terres volcaniques… Nous nous sommes dits que les habitants devaient avoir sacrément soif pour se lancer dans une telle entreprise, tant le terrain volcanique ne semble pas être le cadre idéal pour faire du vin! Et pourtant…

 

Les pieds de vigne sont protégés du vent par des pierres disposées en forme de demie-lune 

 

Impressionnantes plantations…

 

Les vignes sont cultivées dans des fosses en forme d'entonnoir, dans le but d'atteindre le sol fertile pour y planter des ceps. Ces fosses sont elles-mêmes protégées des vents dominants par des murets en pierre sèche, circulaires ou semi-circulaires. 

 

Dégustation de vin au soleil couchant avec nos amis les Khaïma (leurs vrais noms: Laurent & Aurélie)

 

A bord de notre Fiat 500 rouge, nous longeons la route des vins, découvrons de nombreux vignobles et faisons escale dans deux bodegas. La surprise est heureuse: le vin blanc est excellent! Le rouge un peu moins, mais l'expérience reste atypique.

 

Produire un fromage de chèvre, 1er AOP d'Espagne: check

 

En sillonnant les routes de Fuerteventura, nous croisons plusieurs troupeaux de chèvre. Sur la carte des restaurants figure le ragoût de chèvre. Apparemment, les chèvres sont une ressource locale précieuse, qui permettent de faire du lait, du yahourt, du fromage et des plats à base de viande. Sur ce territoire hostile, les chèvres ont permis d'exploiter les rares ressources de l'île pour nourrir la population locale pendant des milliers d'années. Croisement entre des chèvres africaines et des chèvres aborigènes, elles étonnent par leur robe polycrome. 

 

Gang de chèvres

 

Cela a suffi à attiser notre curiosité…l'excellent musée du fromage “Majorero” nous a instruits quant à la qualité de ce fromage de chèvre délicieux, premier Appellation d'Origine Protégée d'Espagne! 

 

Visite du musée du fromage

 

Un vin de Lanzarote et des tranches de fromage de chèvre “curado” ou “semi-curado”, et nous voilà équipés pour l'apéro!

 

 

Le vent peine à se lever, nous avons du mal à quitter Fuerteventura. Pour raccourcir la route, direction le sud de l'île et un mouillage mouvementé. 

 

Nav' au moteur, sans vent, sous pilote. “Besoin d'Outre-Mer”? ça tombe bien, c'est pour bientôt! :D

 

En attendant le vent, on sort le hamac. Open lecture! 

 

A bientôt pour vous faire vivre avec nous la rencontre avec une baleine en plein lever de soleil…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 Commentaire(s)

  • Brigitte L

    Ca fait plaisir d avoir de.vos. bonnes nelles ...!! Ns découvrons grâce à vs ces belles îles que ns n avons jamais faites et qui donnent envie d y aller un.jour Bernard a.eu le.plaisir de revoir sa.planche et il.est tres heureux que ça soit vs qui l.ayez Continuez à profiter au max de votre beau voyage et faire rêver surtout en cette période pas facile .... Amicalement

    26.11.2020 Répondre
  • Xavier

    Chère Pauline, cher Kevin, Merci de nous faire partager vos découvertes, vos rencontres, vos émerveillements ; et bravo à "la plume du web" d'avoir placé le mot sérendipité ! Vos jubilations sont communicatives et rachètent un peu les misères du monde. Continuez à être riches de générosité ; vous avez manifestement en vous toutes les musiques pour faire danser la vie. Xavier

    26.11.2020 Répondre
  • Cap phildur

    Le bateau est toujours aussi beau et vous aussi sur les eaux bleues.

    26.11.2020 Répondre
  • Joëlle

    Merci encore pour ce partage !

    27.11.2020 Répondre
  • Génial, ça nous sort de notre petit quotidien gris et brumeux ce matin. Ces quelques lignes et photos nous ont permis de voyager quelques instants, c'est si bon. A très vite ;-)

    27.11.2020 Répondre
  • Bérengère

    Quel plaisir de vous lire ! Amusez vous bien les copains

    01.12.2020 Répondre

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