Interview de Kévin

Blog Interview

 

Voilà deux semaines que nous sommes partis…et il ne vous aura pas échappé que Kévin a très peu pris le clavier pour vous partager ses ressentis. 

Vous l'attendiez, la voici: une première interview de Kévin en direct d'Amorgos. Il se livre à nous sur le projet, le bateau, le voyage…Un vrai coeur-à-coeur avec sa co-capitaine, qui s'est improvisée journaliste de terrain, en toute impartialité, évidemment ;)
 

Alors, ce début de voyage, heureux? 

Oui! On a bien démarré. C’était sur les chapeaux de roue du fait du rythme que l’on a eu pendant les travaux, mais on a réussi à partir quasiment dans les temps. Il est vrai qu’on n’a pas eu une seule demie-journée pour se poser avant de larguer les amarres, mais c’était pour une bonne cause: retrouver les copains qui nous attendaient à Calais! 

 

Comme l'a dit  la grande Céline: “j'ai sorti la grande voile, et j'ai glissé sous le vent”

 

On est content d’être partis même si on est parti assez vite. Il faut dire qu’on avait aussi envie de quitter Dunkerque... Même si on appréciait la ville, on était dans une zone peu agréable, à un ponton sans sanitaires ni eau potable, avec plein de sable noir qui nous arrivait dessus dès qu’il y avait du vent. Dunkerque était liée à la phase des travaux, une suite de défis à relever chaque jour. C’était un peu stressant de se lever chaque matin en se disant: il va falloir résoudre des problèmes….Va-t-on y arriver? Combien de temps ça va prendre, combien ça va coûter? 

Et puis à un moment, cela faisait un an qu’on en parlait...il fallait y aller!

 

“Qui regarde trop la météo reste au bistrot” Proverbe breton

 

 

En tout cas, on peut être fier de ce qu’on a déjà réalisé: du 11 mai jusqu’au 12 juillet, date de notre départ, on a fait un sacré boulot. Et même avant, d’ailleurs: pendant la période du confinement on a aussi beaucoup travaillé, et cet hiver aussi. Pendant que je travaillais sur les parties mécaniques, Pauline a bien préparé ce qui était administratif, l’organisation du bateau, les permis à passer. C’était une vraie préparation d’expédition. 

Maintenant qu’on a fait deux semaines de voyage, on peut dire qu’on est heureux: l’Angleterre est une magnifique surprise, les gens sont sympas, les escales intéressantes. Les panneaux solaires sont géniaux en termes d’autonomie, ça nous donne beaucoup de liberté. Pourtant, quand on a posé le pied sur le sol anglais, c’était mitigé...On est arrivé à Eastbourne, c’était moche et cher, ça ressemblait à Disneyland.  Mais dès qu’on est arrivé à Wight, où on a passé quatre jours, on est vraiment rentré dans le voyage! En quinze jours, on en a pris plein les yeux. 

 

La côte anglaise, une succession de collines verdoyantes, de falaises de craie et de phares au fil du paysage

 

Non seulement c’est beau, mais en plus, c’est l’aventure: on a du mal à trouver des ports car ils sont tous plein, du coup on se rabat sur les mouillages. Au final, ça nous permet d’être de plus en plus à l’aise: le mouillage tient bon, c’est rassurant, et on y prend vraiment goût.

 

Un voyage en annexe…toujours l'occasion d'une bonne rigolade (coulera? coulera pas?)

 

Qu’est-ce qui s’est débloqué à ce moment là?

On avait une grosse interrogation sur les navigations de nuit: est-ce que ça va nous plaire? Est-ce qu’on va prendre le rythme? Est-ce qu’on va réussir à dormir?  En allant de nuit à Wight de manière improvisée, on a été soulagé de voir qu’on a navigué avec plaisir, en toute sécurité. J’ai même réussi à dormir un peu. Ça enlève de l’appréhension. 

Pourquoi avez-vous démarré le voyage à quatre?

Ce n’était pas prévu comme ça au départ. On devait partir le 5 juillet et vivre une semaine à deux pour nous acclimater. Finalement, on est parti le 11 juillet, car l’installation des panneaux solaires a pris plus de temps que prévu. Nos copains Adrien et Claudie nous ont rejoints le 12 juillet. Ce qui fait qu’on a eu une seule navigation à deux. C’était un peu court pour prendre nos marques, trouver une place pour chaque chose. Mais on a trouvé notre équilibre au bout de trois-quatre jours, et la croisière s'est super bien déroulée! On était content de passer du temps avec nos amis, et il était aussi agréable qu'ils soient là pour qu'on se fasse la main sur le bateau, lors des nav' de nuit, aux arrivées de port…C'était très chouette, et on les remercie pour leur présence, leur entrain et leur soutien!

 

La joie se lit sur les visages d'un équipage qui a trouvé ses marques!

 

Ce qui n’était pas très confortable, c’est qu’on a pris trop d’affaires. On va en laisser en Bretagne lorsqu’on s’y arrêtera. Clairement, on est parti avec trop de choses!

Qu’est-ce qui est superflu?

Quand on a fait la liste de ce qu’on devait emmener à bord, on n’était pas encore dans le voyage. On ne se projetait pas sur le caractère indispensable des choses. Ou alors, ce qui semblait indispensable l’est finalement moins en étant parti...Même si au final, ça ne rentre pas trop mal dans la cabine avant, notre lieu de stockage, il faut vraiment qu’on garde ce qu’on va réellement utiliser. Il y a trop de poids à l’avant. Là, on doit déplacer du matériel pour en chercher un autre, c’est fatigant à la longue. 

Par exemple, on a deux spis. Un est super vieux, on va le laisser, il est encombrant. On va sûrement déposer notre deuxième grande voile, qu’on gardait par sécurité. Ainsi que la Freebox, que je n’ai pas eu le temps de renvoyer avant de partir! On a pris trop de jeux de société encombrants aussi. Catan nous attendra au retour. Nous avons pris également trop d’habits. L’aspirateur est certes très pratique pour faire le ménage mais trop encombrant. L’aspirateur pour camping-car fera l’affaire!

Est-ce que retourner à deux après avoir vécu à quatre te fait peur?

Je n’ai pas peur car on aura déjà plus de place dans le bateau pour la vie de tous les jours. Dans un bateau, il peut y avoir beaucoup d’irritants. Quand on est quatre, il faut déplacer plus de choses, on se cogne plus. On a partagé de bons moments avec nos amis, on a eu des conversations très intéressantes, mais notre projet est bien de naviguer à deux. A deux, on aura plus de place, nous pourrons discuter plus librement de nos projets, nous apprendrons à naviguer à deux, et nous avancerons à notre rythme, sans contrainte.  J’y vais avec envie!

 

Bière d'adieu à Falmouth…et c'est parti pour le voyage à deux!

 

Y a t-il des choses auxquelles tu ne t'attendais pas?

Je ne m’attendais pas à ce que le sud de l’Angleterre soit aussi beau. Ça donne envie d’y retourner pour faire de la rando à pied. 

En revanche, je ne m’attendais pas à ce que ce soit compliqué au niveau des ports. Quand on a besoin d’aller dans un port pour prendre une douche ou remplir de l’eau, on se fait refouler la moitié du temps car il n’y a pas de place. On s’est vite adapté en se mettant au mouillage. C’est chouette qu’on soit à l’aise à l’idée de mouiller souvent. Les ports coûtent chers en plus. 

A quoi est-ce dû?

Les ports sont effectivement blindés. On s’est demandé si c’était parce-qu’on était Français. Mais non, ils limitent le nombre de places pour éviter la densité, à cause du Covid-19. Nous sommes aussi dans des régions dans lesquelles les gens naviguent beaucoup. Il y a un manque d’infrastructures pour accueillir tous les plaisanciers. On pourrait faire le double de ports, il manquerait encore des places!

Est-ce que le Covid-19 est un obstacle au voyage pour l’instant?

Dans le bateau, on a tendance à très vite oublier qu’il y a le Corona. On est au milieu de la mer, on ne pense pas à ça. Au mouillage, c’est pareil. On s’en rappelle quand on rentre en ville, pour acheter de la nourriture. Les Anglais sont très sérieux et ont un civisme plus marqué que les Français. Au niveau du respect des distanciations sociales, les gens s’écartent de deux mètres quand ils se croisent. C'est la norme. Ça nous a surpris au début, on se demandait si on n’était pas des pestiférés. En fait non, ils sont simplement très respectueux des règles, et très prudents. 

Pour l’instant, le Covid n’a impacté aucun de nos projets: on a fait tout ce qu’on voulait faire. On a tendance à avoir les eaux qui s’ouvrent devant nous. Ça ajoute de l’adrénaline au projet. Le Corona est pesant lors des escales mais ça l’est moins que lorsqu’on vit à terre, à devoir travailler dans un bureau, à appliquer les règles de distanciation au travail, avec les collègues...

Quelle escale t'a le plus marqué pour l'instant?

Dartmouth! C’est dans la Dart River. On est arrivé de nuit juste après que le soleil tombe. Toute la ville était éclairée. Ça m’a marqué car c’était une escale non prévue: j’avais décidé qu’on s’arrêterait là car c’était à mi-chemin entre Wight et les Cornouailles. On est arrivés dans une rivière encaissée, avec un village de part et d'autre, perchés sur des collines. On avait l’impression d’arriver dans une favela à Rio la nuit, c’était beau. Au fond, il y avait un grand château illuminé, c’était féérique. C’est le centre de formation des officiers de la Royal Navy. Le lendemain, on a vu la ville de jour, c’était aussi très beau, avec plein de maisons colorées. 

 

Dartmouth, à l'embouchure de la Dart River

 

On s’est baladé dans la ville, on a mangé un bon sandwich au crabe, j’étais content. Pour le côté surprise et typique, c’était sympa.

 

Heureux qui comme Ulysse…

 

Qu'est-ce que tu aimes faire sur le bateau? 

J’aime beaucoup barrer en ce moment. Je découvre le bateau. 

 

Kévin à la barre

 

On a un rythme qui fait qu’on passe beaucoup de temps à terre tout en faisant de grosses navigations. J’aime bien trouver les bonnes techniques à bord pour avancer au mieux et les  manières de passer les vagues pour ne pas casser la vitesse du bateau. Quand on fait de grosses navigations de 80 milles, on se lève très tôt et on arrive tard. On a l’impression que le temps s’arrête. On peut rester contempler la mer pendant quatre heures. On ne s’ennuie pas comme si on regardait un pot de confiture pendant quatre heures dans la cuisine. J’aime aussi beaucoup la découverte des villes et le fait d’arriver dans de nouveaux ports, villes et villages.

Ce qui me plaît beaucoup, c’est qu’on se déplace avec notre maison. On est avec nos repères, notre cuisine, nos affaires, nos livres...on peut faire de très grands voyages avec notre maison tout en consommant très peu d’énergie. Depuis le début, on a dû utiliser ¼ du plein d’essence, soit 25 litres pour vivre deux semaines. C’est un mode de vie plus sobre, y compris financièrement. En ville, on aurait dépensé notre budget mensuel rien qu’en loyer. 

Qu'est-ce qui te plaît le moins?

En revanche, je n’aime pas trop arriver dans un endroit sans qu’on sache où sont les meilleurs spots. On sait maintenant qu’il faut bien préparer les escales! On peut vite se retrouver dans le quartier pourri de la ville, dans un restau où le café est mauvais. Au final, c’est la peur de louper des choses. C’est un mauvais sentiment car on ne peut pas tout connaître et trouver les meilleurs plans partout! Il faut accepter de découvrir sans chercher tout le temps le meilleur. Ce n’est pas simple car on n’est pas habitué à ça. Dans la vie courante, on check toujours les notes des restaurants, films, voyages avant de se lancer. Là, il faut se détacher de ça, je ne sais pas si j’y arriverai mais ça peut être une bonne expérience.

Et puis aussi, il y a moins de confort. Quand on a fait nos grandes navigations, on était au près, à 45°. Imaginez  vivre dans un appartement incliné à 45°. Tout se casse la gueule, on ne peut pas vraiment cuisiner, on se cogne davantage, on glisse….il y a des irritants particuliers en bateau! 

 

Vis ma vie à la gîte: tentative de cuisine, tentative de lecture

 

On t’a peu vu écrire sur le blog depuis le départ, à quoi cela est-il dû?

J’ai la tête prise par les problèmes techniques du bateau, que j’espère réduire au fur et à mesure. Il faut que j’apprenne, que je comprenne comment les choses fonctionnent. Au début, le moteur démarrait au quart de tour mais maintenant, il a du mal à démarrer. Ça m’inquiète. Je pense savoir d’où ça vient mais il faut que je règle le problème. Le guindeau pour remonter l’ancre ne fonctionne plus non plus. Le joint des vitres commence à fuir. Pour les hublots, on savait qu’on devait le faire. Mais dès que c’est nouveau, ça prend plus la tête. On se demande toujours si on va bien faire les choses. C’est la peur de l’inconnu. 

 

En pleine action

 

Comment te sens-tu à bord? Le rythme te convient-il?

J’aimerais être plus dans la création: dessiner, écrire. Aujourd’hui, je n’ai pas assez le temps pour me poser. La priorité est de gérer la préparation du bateau. J’aimerais faire un article sur les travaux, afin d’expliquer ce qu’on a fait, pourquoi on n’a pas acheté un bateau neuf, etc. Pauline s’exprime bien du coup j’aimerais bien écrire un article sur ce qu’on vit mais j’aime bien le fait qu’elle le fasse. Je le ferai, mais pas sur les mêmes sujets. Par exemple, j’aimerais écrire un article sur la performance énergétique du bateau, pour avoir un comparatif de la consommation d’énergie en mer par rapport à une vie normale. J’espère que mes frères m’aideront! 

Après deux semaines à quatre, es-tu prêt à continuer le projet à deux?

Nous aimons tous les deux accueillir des amis et on a envie de partager notre projet avec des copains, mais en même temps, on voit que ça peut aussi apporter des contraintes, et donc du stress: se rendre à tel endroit pour telle date, c’est compliqué pour nous. On a envie d’avoir la marge de manoeuvre de rester davantage à une escale si elle nous plaît, on a besoin de temps pour lire, nous reposer...ce qui est difficilement compatible avec des rendez-vous à droite à gauche. Il faudra faire attention à ne pas avoir trop d’amis, même s’ils nous manquent. A quatre, l’espace devient exigu. Sur une année, ça ne serait pas tenable avec toutes les affaires qu’on a... Et puis c’est un projet à deux, on a envie de le vivre à deux. 

 

 

C’est aussi intéressant d’apprendre à naviguer à deux. J’espère qu’on aura d’autres amis sur le bateau mais il faudra trouver comment faire pour trouver le rythme, l’espace, le temps. Là, on commence même à se projeter à deux pour la Transatlantique: ça serait une très belle expérience! Clairement, il faut que les copains s’organisent pour venir nous voir là où nous sommes mais nous, on ne peut pas se mettre dans le rouge ou prendre des risques pour être tel jour à tel endroit précis! On est sur un moyen de locomotion lent, dépendant de la météo, de notre fatigue. Cela dit, on est conscient du fait que c’est très sympa pour nos copains de vivre une croisière insolite en arrivant sur le bateau d’amis et pas en location, d’autant plus que ça permet de prendre le bateau à un point A et de le laisser à un point B, sans revenir sur ses pas. C’est une chance qu’on a envie de partager avec d’autres! 

Est ce que ça te fait déjà réfléchir sur des choses, évoluer dans un sens ou dans un autre?

C’est trop tôt. Je suis trop dans la résolution de problèmes techniques. Je sais qu’il y en aura toute l’année, mais je me ferai la main. Je les gèrerai différemment avec l’habitude. Et je me sens encore salarié, je viens de recevoir ma dernière paye! En tout cas,  en dépit de l’inconfort, ce qu’on vit est unique: on a une chance incroyable de vivre cette expérience là! 

Est ce que le boulot te manque?

Il me manquera car j’aime ce que je fais mais je n’y pense pas tous les jours. Je vis vraiment notre expérience à fond. On ne passe pas l’année à la plage à siroter des cocktails. Ce qu’on vit, c’est déjà extrêmement dense. Tous les jours, il va y avoir des choses à résoudre. Il y a des choses à réparer, des décisions à prendre, il faut trouver un souffle dans le projet, l’alimenter au fil du temps: c’est assez similaire à ce que je vis au travail finalement. Ça ne me manque pas car j’ai l’impression de le vivre ici, dans un cadre particulier et sympa On est dans les Cornouailles, il y a une superbe vue, des forts à gogo, des collines magnifiques. Les collègues qui viennent prendre un café avec nous l’après-midi sont des dauphins qui suivent le bateau...il y a pire!

 

Observation des dauphins, venus en nombre nous escorter!

 

Qu’est-ce que tu aimerais vivre dans les deux semaines à venir?

Je nous souhaite de trouver notre rythme à deux, dans lequel on ne se fatigue pas trop. J’aimerais qu’on en profite, qu’on apprécie chaque moment ensemble, sur le bateau. Je suis sûr que ce sera le cas...vu que ça l’est déjà! Je nous souhaite d’avoir du beau temps aux îles Scilly, aussi. Je nous souhaite de ne pas avoir trop de problèmes techniques à résoudre!

 

De belles navigations à deux en perspective!

 

Quel est le programme? 

Là on est aux Cornouailles, à Falmouth, presqu’à la pointe. On va passer une journée à régler des problèmes. On espère partir dans l’après-midi pour aller dans une rivière qu’un voisin de ponton nous a conseillée: Helford River. On va y passer la journée demain car ils annoncent un coup de vent. On repartira mardi pour trouver un port au bout des Cornouailles, Penzance. J’ai bien envie de faire une rando à la journée. Les Cornouailles sont réputées pour leur ressemblance avec les côtes bretonnes! Ensuite, on partira aux Scilly, à 30 milles de là. C’est une navigation de cinq-six heures. Nous retraverserons vers la Bretagne dimanche. La météo annoncée a l’air top! On arrivera à l’Aber’Wrach, notre coup de coeur de l’année dernière lorsqu’on avait convoyé le bateau. Ensuite, nous prévoyons une escale prévue à Camaret-sur-Mer. Puis nous irons directement à Fouesnant, dans la maison de Pauline en Bretagne sud. Et là, nous pourrons profiter de cette région qu’on aime tant, nous poser, travailler tranquillement sur le bateau, voir quelques copains, tout en profitant du confort d’une maison! 

 

NB: cet article n'est déjà plus d'actualités…le pré-filtre du moteur s'est cassé en le changeant. Nous sommes donc restés à Falmouth jusqu'à l'ouverture d'un Shipchandler demain.  Merci pour les messages de soutien que vous voudrez bien envoyer  à Kévin;)

 

 

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